Quebec

le Québec

part 2

Chapter 1

Ils sont 250 000 fous entassés sur le bord de la falaise, criant dans le vent et profitant de la douceur éphémère de l'été gaspésien. Les mères restent près de leurs petits, pendant que les pères sont en vadrouille et reviennent au bercail plein d'agressivité. 

L'île Bonaventure s'est ouverte à son flot de touristes quotidien, dont nous faisons partie, et les fous de Bassan ont donné leur représentation. Nous avons suivi le sentier balisé "recommandé" pour les familles et avons été récompensé par cette rencontre insolite, vision surréaliste que cette colonie d'oiseaux, la plus grande d'Amérique du Nord.

Au retour, Mathias et Tobias insistent pour prendre un chemin côtier "déconseillé" aux familles. Belle initiative! Nous sommes seuls pendant une heure dans un paysage merveilleux, qui n'a rien de dangereux pour les promeneurs suisses que nous sommes.

île bonaventure

Il est temps de quitter la pointe de la Gaspésie pour pénétrer dans les terres. Une marche de 8 km, sous un soleil de plomb avec 5 enfants, nous entraîne sur les derniers kilomètres du sentier des Appalaches pour arriver au Cap Gaspé. En file indienne sous les arbres, nous repensons au récit de Bill Bryson ("Promenons-nous dans les bois.") et à son aventure rocambolesque sur cette randonnée mythique. 

Nous reprenons une nouvelle fois la route sur la 198 pour rejoindre le Parc national de la Gaspésie. Le GPS du téléphone, consulté à l'hôtel, nous avait indiqué cet itinéraire, mais la carte routière ne semble pas d'accord...Autour de nous des hectares de forêt et pas âme qui vive. Mathias commence à douter de la fiabilité de sa co-pilote, d'autant plus que les Roks ne sont pas à portée de vue. Ont-ils pris le même chemin?

Enfin, nous croisons une ville minière, Murdochville, plantée au milieu de cet enfer vert. Sur la route, des sculptures étranges en pierres nous y conduisent. On se croirait dans un mauvais film d'épouvante. Nous nous arrêtons à la station service pour nous renseigner. La pompiste ne nous rassure qu'à moitié en nous indiquant une route en gravier longue de 56 km que nous devrions trouver facilement sur notre gauche à 4 km de là...

Nous prenons notre courage à deux mains et l'embranchement conseillé. Après une dizaine de kilomètres sous un nuage de poussière, notre course est interrompue par une maman orignal et son petit traversant la piste, spectacle d'une rare beauté. Excités par cette aventure et par la chance que nous venons d'avoir, nous regagnons sans peine notre gîte en remerciant le ciel de n'avoir eu aucun pépin mécanique.

Nous poursuivons notre retour à la civilisation et faisons halte à Rivière-du-loup. Une croisière aux baleines dans l'estuaire du Saint-Laurent nous y attend, highlight de notre périple pour petits et grands. Dans la file pour monter sur le bateau, la mondialisation nous rattrape de plein fouet. Un nombre interminable de cars de Chinois se succèdent pour déverser leurs groupes de touristes. À l'entrée du bateau, ils poussent, forcent, courent pour s'entasser...au bar. Nous regardons pantois les palettes de nouilles "Udon" qui sont chargées sur le navire. Nous pressentons que ces 3 heures de croisière vont être très longues. Pour couronner le tout, la météo n'est pas avec nous, il fait gris, froid et venteux. Fort heureusement pour les vomitos, notre embarcation ne tangue pas trop. Après 300 m, le naturaliste hurle dans son micro qu'on peut apercevoir des bélugas à "two o'clock", tout le monde court s'adosser à la rembarre et nous distinguons au loin ces animaux s'enfoncer dans l'écume des vagues. Les enfants sont aux anges, nous sommes sceptiques. Verrons-nous les mammifères marins d'un peu plus près? Après 3 heures, le verdict est tombé. Nous n'apercevrons pas de cétacés, juste quelques marsouins téméraires au loin. Nous sommes atterrés par cette expérience, mais les enfants ont tant scruté les vagues que leur imaginaire leur a fait voir monts et merveilles. Certains ont aperçu une queue de baleine, d'autres ont vu des dauphins sauter ou un béluga accompagner le bateau dans sa course. Gabriel a même repéré un requin. Le sourire en coin, nous écoutons leurs récits respectifs et oubliant notre mésaventure, nous sautons sur le quai rassurés que notre progéniture ait tout de même apprécié ce tour.

La boucle est bouclée. Nous sommes de retour à Montréal. Pour clore l'aventure, nous avons réservé dans un hôtel logé dans un gratte-ciel downtown. Notre échappée en terre sauvage, ne nous a pas guéris de la société de consommation. Nous prenons plaisir à flâner dans la principale artère commerciale de la ville et à nous perdre dans les rayons des grandes enseignes de magasins. Nous célébrons notre dernière soirée tous les neuf dans un restaurant italien recommandé par "Schnutz", rencontre improbable en Gaspésie. Les papas admirent les tenues affriolantes des serveuses et les enfants sont scotchés par le sport américain qui passe sur les écrans. Nous dégustons enfin une vraie bouteille de vin. Heureux, nous pensons avec déjà un brin de nostalgie qu'une magnifique page de notre aventure se tourne.

Chapter 1.5 - parc du forillon et parc national de la gaspésie

Chapter 1.6 - rivière du loup et retour à montréal

Chapter 1.4 - pointe percee